Histoire 1


Cette journée d'été, il y a deux ou trois ans, j'ai eu la plus grande peur de ma vie. La journée avait commencé comme n'importe quelle merveilleuse journée à la campagne : le réveil, papa qui essayait de ranimer le feu, en soufflant longtemps à la fois et sans relâche, maman qui se levait tout juste et s'habillait.

Nous devions nous habiller et nous changer sous trois épaisses couvertures qui me donnaient l'impression de peser une tonne. Mes frères et moi, et quelques cousins, étions tous blottis les uns contre les autres. Papa se levait toujours le premier, puis maman, puis moi et les autres.

Peu après que mon père eut rallumé le feu, ma mère faisait frire quelques oeufs sur le poêle.

Lorsque tout le monde était levé, nous devions mettre les couvertures qui pesaient une tonne sur une sorte de support ou d'étagère construite entre quatre arbres reliés par des billots sur lesquels étaient posés d'autres billots. Quand c'était fait, maman avait presque fini de faire cuire le petit-déjeuner. Nous allions tous manger. Je croyais vraiment que c'était de la magie. Quand je voyais mon cousin lancer un morceau de pain sur le côté du poêle et que le morceau de pain restait collé, je le regardais et je disais : « Nahhh, taitnumen en » (ce qui veut dire : « Wow, comment as-tu fait ça? »). Il disait : « C'est de la magie. » J'essayais ensuite de faire coller moi aussi un morceau de pain sur le côté du poêle.

Le petit-déjeuner était terminé. Tous les enfants étaient étendus sur le plancher, se demandant quoi faire. Mon frère et moi jouions avec nos neveux qui nous accompagnaient dans ce voyage de camping. Un de mes neveux faisait de l'asthme et de l'eczéma. L'autre était aussi en santé et hyperactif qu'on peut l'être.

Je jouais avec celui qui faisait de l'asthme et de l'eczéma. Je jouais dur et vite. Tout d'un coup, maman dit d'une voix ferme : « Arrête! Tu joues trop dur. Va dehors et trouve-toi quelque chose à faire. » Je me suis dirigé vers l'extérieur, mais avant d'atteindre la porte, j'ai dit à mes cousins d'une voix enjouée : « Allons faire une balançoire dehors sur un arbre, à l'arrière du camp. » Quand le plus âgé a dit qu'il était d'accord, tout le monde est sorti, et nous avons passé une bonne demi-heure à chercher l'arbre parfait.

Ç'a été facile de fabriquer la balançoire. Ensuite, nous avons installé trois cordes autour de la balançoire, de sorte que trois personnes pouvaient y aller à la fois. Comme l'arbre était au sommet d'une butte, on pouvait être à 4 ou 5 mètres du sol d'un côté, et presque au niveau du sol de l'autre. Quand on se balançait, on pouvait faire trois fois le tour vers l'avant, ou trois fois vers l'arrière si on était bon.

Nous faisions des concours pour savoir qui pouvait faire le plus de tours, ou aller le plus haut. Nous passions trois heures de suite sur ces balançoires, à nous balancer, rire et nous amuser de manière extraordinaire. Ces balançoires n'étaient que l'un des nombreux attraits de la vie à la campagne.

Une fois épuisés et affamés, nous revenions à notre tente. Il n'y avait que la faim pour nous faire quitter ces balançoires. Entre-temps, mes neveux jouaient devant le camp, où il y a de l'eau, du sable, des cailloux et des buissons. Avant même que je prenne une bouchée de mon souper, ma mère m'a dit d'aller chercher mes neveux dehors. Je lui ai dit : « Ah, pourquoi tu ne peux pas y aller? ». Elle a répondu : « Fais ce qu'on te dit. » Je suis donc allé dehors chercher mes deux neveux.

Le plus jeune des deux était là, assis. Il avait l'air de s'ennuyer et d'être vraiment triste. L'autre, celui qui faisait de l'eczéma, jouait dans le sable avec ses camions. Il parlait tout seul et disait : « Vroum, vroum. » Je n'ai rien constaté de particulier à propos du plus jeune. Je les ai ramenés tous les deux à la tente. J'ai dû transporter le plus jeune parce qu'il avait l'air vraiment fatigué. Une fois revenu, j'ai commencé à manger. Pour manger, il faut presque s'étendre sur le ventre parce qu'il n'y a pas de chaise dans une tente.

Après le repas, je suis sorti et j'ai demandé à mon cousin s'il pouvait m'apprendre à jouer de la guitare. Il a dit : « Bien sûr. » Nous nous sommes assis dehors, sur une table de pique-nique qu'il y avait là. Nous avons joué, ou plutôt, il a joué pendant environ une demi-heure, en chantant pour moi, les oiseaux et les arbres. Quand je suis revenu à la tente, maman semblait inquiète. J'ai regardé à la ronde. Tout le monde dans la tente avait l'air inquiet. J'allais demander ce qui se passait quand la radio s'est mise à parler : « Quels sont ses symptômes? » Ma mère a répondu : « Il a l'air faible et très fatigué. » Un de mes cousins m'a raconté ce qui se passait parce qu'il était dans la tente quand c'est arrivé.

Il m'a dit que mon neveu était vraiment malade, que sa température était dangereusement élevée et qu'il était très faible. Il m'a dit aussi que ma mère était en contact radio avec le médecin. Celui-ci a dit à ma mère qu'une équipe d'évacuation médicale viendrait chercher mon pauvre neveu.

Pendant que nous attendions impatiemment, j'étais assis dans un coin de la tente et je pensais à la manière dont cela finirait. Chaque minute apportait à la fois crainte et espoir. J'étais dehors, assis à la table de pique-nique, quand j'ai entendu le rotor de l'hélicoptère à l'horizon formé par les collines douces qui nous entouraient, comme des élèves qui assistent à une bataille à l'école. En approchant du camp, l'hélicoptère a tourné autour de nous comme la Terre autour du Soleil. Il planait à environ 3 mètres au-dessus de la cime des arbres lorsque, tout d'un coup, trois hommes se sont jetés hors de l'hélicoptère comme s'il n'y avait pas de lendemain. La présence de ces hommes a fait monter la tension du moment parce que c'est là que je me suis rendu compte que c'était la vraie réalité. Les hommes ont couru vers le camp avec leurs énormes sacs à dos et des lunettes aux infrarouges. L'hélicoptère a atterri là où nous avions l'habitude de jouer au baseball.

Le vent provoqué par l'énorme hélicoptère jaune était si fort que l'on pouvait se tenir à un angle de 45 degrés sans tomber. Le matin, nous avons eu des nouvelles de ma tante qui était partie avec mon neveu parce que ma mère devait rester pour s'occuper de l'autre neveu. Ma tante a dit que mon neveu allait récupérer. Elle a dit aussi qu'il avait avalé un caillou sur la plage et que c'était ça qui l'avait rendu malade.

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